Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

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Giuseppe
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Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

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Patrick Boistier writes so, pages 374-376 of his Jésus, anatomie d'un mythe:

IV — Rapports entre Marc et l'Evangelion.

Le pasteur Etienne Trocmé, dans son étude sur La formation de l'Evangile selon Marc (1963), semble bien avoir établi que les treize premiers chapitres de Marc ont paru avant les trois derniers (qui racontent la Passion et la Résurrection).

A eux seuls, les treize premiers chapitres ne constituaient qu'un simple recueil des “paroles du Seigneur”. Les trois derniers chapitres leur ont été rattachés pour former ensemble un nouveau “genre littéraire” appelé à un immense succès: l'Evangile (bien que ce nom lui-même ne fut adopté qu'après le succès de l'Evangelion).

Dans le Selon Marc, la venue de Jésus-Christ est annoncée par Jean-Baptiste, puis il apparaît brusquement au Jourdain (1/9):

“En ce temps-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain”.

Comme dans le Selon Marc, dans l'Evangelion la carrière terrestre du Christ commence ex-abrupto:

“La quinzième année du règne de Tibère César, aux temps de Pilate, Jésus-Christ descendit du ciel à Capharnaum, ville de Galilée”... [1]

Cette même soudaineté dans les deux textes a souvent poussé les critiques indépendants à affirmer l'antériorité de l'Evangelion sur le Selon Marc. En réalité, cette soudaineté s'explique par le fait que la vie publique de Jésus, sa mort et sa résurrection furent imaginées avant sa naissance et son enfance.

Prosper Alfaric (dans un article paru en Janvier 1937 dans la Revue de l'histoire des religions et intitulé Les Prologues de Luc) ne reconnaît pas Marcion comme auteur de l'Evangelion:

“L'on ne peut supposer que c'est l'hérésiarque lui-même qui a composé l'évangile dont il se réclamait. L'ouvrage a pu être intitulé par lui en faveur de ses propres doctrines. Il n'en procédait pas directement, car, s'il eût été son oeuvre propre, il cadrerait mieux avec sa gnose et la mettrait davantage en relief”...

Il n'empêche que, pour Alfaric, l'origine de l'Evangelion est gnostique:

“Il a été [...] utilisé par un autre gnostique, qui représente un mouvement parallèle, mais assez différent. Une des paraboles propres à Luc, celle du riche torturé dans l'enfer et du pauvre reposant sur le sein d'Abraham (16/19-31), qui se lisait dans le texte de Marcion, se trouvait interprétée par l'Alexandrin Basilide dans le sens de sa propre doctrine, au XIII° livre de ses commentaires”.

Un autre passage de l'Evangelion, correspondant aux versets 25 à 28 du chapitre 10 de Luc, “se lisait aussi dans l'évangile de Basilide, d'après la témoignage d'Origène”. Il semble donc que Basilide et Marcion se servaient du même évangile. Origène déclare, en effet, à propos du passage qui vient d'être signalé:

“Ces choses-là sont dites contre les disciples de Valentin, de Basilide et de Marcion, car ils ont, eux aussi, ces textes dans leur évangile”.

Bien que l'entrée en scène de Basilide ait précédé de peu celle des deux autres gnostiques, ces trois-là étaient contemporains. La Chronographie d'Eusèbe date de la manifestation publique de Basilide de la dix-septième année du règne d'Hadrien, c'est-à-dire de l'an 133, à l'époque même où les Juifs, sous la direction de Bar Kochba, se soulevaient pour la dernière fois contre Rome: “Nous comprendrons ainsi la vogue du courant anti-juif, représenté par Basilide comme par Marcion”. Alfaric ajoute qu'“Un autre adepte de la gnose, le Syrien Cerdon, que divers auteurs nous présentent comme le maître de Marcion, utilisait déjà, d'après son hérésiologue, l'édition courte de l'Evangile selon Luc”, c'est-à-dire l'Evangelion.

On trouve confirmation de ceci dans le traité en latin intitulé Contre toutes les hérésies, dont l'attribution est controversée: “il adopta le seul Evangile de Luc, mais cependant point dans son entier”. Alfaric en arrive à l'opinion suivante au sujet de l'origine de l'Evangelion:

“Comme c'est par des Orientaux que nous le voyons d'abord utilisé, nous sommes en droit de supposer qu'il vient d'Orient. Basilide s'est formé à Antioche, dans un milieu tout pénétré de gnose [...]. C'est à l'école d'un de ses anciens condisciples, Satornil - qui étudia, puis enseigna dans la même ville - que le Syrien Cerdon, le maître de Marcion, fut gagné à la même doctrine. Ces coincidences sont significatives. Elles permettent de conjecturer que l'Evangelion aura vu le jour à Antioche. C'est de là qu'il aura été porté par Basilide à Alexandrie et par Cerdon à Rome”, entre 133 et 135 de notre ère.

Alfaric en tire la conclusion suivante:

“Il est naturel de penser que le texte du premier Luc [c'est-à-dire l'Evangelion] existait un peu auparavant [l'an 135]. Mais rien n'oblige à remonter bien plus haut. Tout s'explique pour le mieux, s'il a paru dans les dix ou quinze années précédentes, sous le règne d'Hadrien [empereur de 117 à 138]”

Dans cette optique, l'Evangelion aurait été écrit entre 120 et 125, très peu de temps après le texte attribué à Marc. On peut dire de ces deux écrits qu'ils sont contemporains, mais avec la priorité au Selon Marc.

[1] Lucien de Samosate (II° siècle) a raillé cette surcharge de précisions: “le 7 du mois courant, Zeus étant prytante, Poséidon proèdre, Apollon épistate et Mômos fils de la Nuit, greffier, le Sommeil a proposé ce qui suit...” Mais d'autres, tel le théologien Jean Guitton, en ont été subjugués: “Si c'est une légende — écrit Guitton —, au moins est-ce une légende qui a pris ses précautions avec les chronologies et qui est bien grimée en histoire” (dans Jésus, Grasset, p. 64, 1956). Ce à quoi Georges Las Vergnas (Jésus-Christ a-t-il existé?, Paris, 1958) répondit: “Ce n'est pas une légende qui se grime: c'est une foi qui s'historicise. Elle ne prend pas des précautions mais des références”.

Tschudi (l'auteur qui, au XVI° siècle, chercha à authentifier la légende de Guillaume Tell) aurait pu écrire: “Tell a visé la pomme, Albert I° étant empereur d'Allemagne et duc d'Autriche, Philippe le Bel étant roi de France, Edouard II roi d'Angleterre, Wenceslas III roi de Bohème, Clément V pape et Gessler bailli du canton d'Uri”.

So the rapidity of the introduction of Jesus can't be explained as effect of the his being alien, but as the natural corollary of the his factual not-existence. This fact goes against the Marcionite priority.
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Giuseppe
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Giuseppe »

I see that Boistier agrees with Etienne Weill Raynal about the dating of Mark in 115-120 CE, when only by then Mark meant: Mark 1-16.

Nous pouvons observer qu'Alfaric, dès 1929, estimait que Mc "a été composé vers la fin du I° siècle ou dans les premières années du II°". LOISY, dans un de ses derniers ouvrages, Les Origines du Nouveau Testament, 1936, p. 74 et 340, écrivait, concernant l'époque de la rédaction initiale de Mc: "Il n'est pas indiqué de monter plus haut que les premières années du second siècle". Il y a quelques années, le pasteur Etienne Trocmé, dans son étude sur La formation de l'Evangile selon Marc (1963), nous paraît avoir établi que les treize premiers chapitres de Mc ont paru avant les trois derniers (la passion et la résurrection), qui ont été rattachés aux premiers, pour constituer, dans l'ensemble, l'Evangile sous sa forme actuelle. C'est par cette seconde partie qu'a été créé le "genre litteraire" de l'Evangile (la première n'étant guère encore qu'un recueil de paroles du Seigneur): c'est à elle pensons-nous que doit s'appliquer la date approximative de 115 pour sa publication.

(Chronologie des évangiles, p. 156-157, note 23, my bold)

Since we have evidence (Trocmé docet) that the substantial difference between Mark 1-13 and the Passion story (Mark 14-16) is that
  • in Mark 1-13 there is no insistence at all that Jesus is the Christ, at contrary, there would be even reasons to doubt that Jesus is the davidic Christ;
  • in the Passion story (Mark 14-16) even a blind would recognize that the text betrayes a lot of obsession and insistence that Jesus is the davidic Messiah expected by the scriptures;
...then I am inclined to think that Mark 1-13 precedes the Evangelion, and that the Evangelion precedes the addition of the Passion story (Mark 14-16) to the original proto-Mark.

So Marcion could have been the first evangelist who introduced historical references (the 15° of Tiberius and/or Pilate), while proto-Mark preceded Marcion insofar it was the first story collecting the logia of Lord, even if still in an undated context.
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Giuseppe
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Giuseppe »

This is where I stand now:

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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Giuseppe »

This solution explains also why Justin knew Mark but he didn't use Mark against the Evangelion: the only Mark he knew was proto-Mark, i.e. Mark 1-13, surely not the best tool to argue against the Evangelion, since the emphasis 'Jesus is the Christ' is absent completely in Mark 1-13.
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Giuseppe
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Giuseppe »

Now, Loisy agrees with Turmel about the epistles of Ignatius being marcionite fabrications interpolated by Judaizers. Obviously my interest for Ignatius derives from Alvar Ellegard's insistence that Ignatius was the first to mention Pilate. Since Ignatius is a forgery, pace Ellegard, I realize now what Loisy says about the mention of Pilate: in primis, that Pilate is mentioned by the Catholic interpolator:



Ecoutons encore Théophore (x):

Il est insensé de parler Jésus-Christ et de judaïser. Car le christianisme n'a pas cru au judaïsme, mais le judaïsme au christianisme, en qui tous les langues se sont réunies croyant en Dieu. Ainsi le christianisme n'a rien à voir avec le judaïsme; et par conséquent, ceux qui judaïsent, ce sont les chrétiens qui pactisent avec le judaïsme en retenant l'Ancien Testament.

Notre Théophore pouvait conclure (xi) «Je veux que vous ayez la certitude absolue de notre espérance, dont je souhaite qu'aucun de vous ne s'écarte.» Le rédacteur lui fait dire:

Je veux que vous ayez la certitude absolue de [la naissance, de la passion et de la résurrection advenues au temps du gouvernement de Ponce Pilate, réalisées vraiment et réellement par Jésus-Christ] notre espérance, dont je souhaite qu'aucun de vous ne s'écarte.

On reconnaît le rédacteur à sa gaucherie, à sa préoccupation de «la naissance», à son acharnement contre le docétisme. Au fond, il récite le symbole de foi que l'Eglise catholique a précisé contre Marcion, et c'est pourquoi il n'oublie pas Ponce Pilate. Même cas dans la lettre aux Tralliens (ix):

Soyez donc sourds lorsque quelqu'un vous parlera en dehors de Jésus-Christ [qui est de la race de David, qui est de Marie, qui vraiment est né, a mangé et a bu, vraiment a été persécuté sous Ponce Pilate, vraiment a été crucifié et est mort, à la vue des (êtres) célestes, terrestres et infernaux ; qui vraiment aussi est ressuscité des morts, son Père l'ayant ressuscité; aussi à son image, nous qui croyons en Lui, son Père nous ressuscitera en Christ Jésus] hors de qui nous n'avons pas de vie véritable.


(Remarques sur la Littérature Épistolaire du Nouveau Testament, p 464, my bold)
https://archive.org/details/MN41487ucmf ... r&q=ignace

This fits surprisingly with my solution above of the synoptic problem: Pilate enters the scene only when Marcion introduces his Evangelion with the reference to 15° year of Tiberius and about in the same time Mark 14-16 is added to proto-Mark (Mark 1-13) in order to insist that "Jesus is the Christ" precisely on the cross.
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Giuseppe »

i find incredible how just Alfred Loisy, the hard-to-die historicist Alfred Loisy, recognizes clearly that what could move a Christian writer to mention explicitly Pilate in his writings was not the oral tradition, nor banal storytelling, not even embarrassment.

No, it was pure anti-marcionism and anti-docetism.

Pilate as killer of the 'sons of Joseph' (=how the Samaritans called themselves), an obvious pointer to the real sufferings of the Messiah 'son of Joseph'.
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by lsayre »

Giuseppe wrote: Wed Jun 22, 2022 12:22 am This is where I stand now:

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I find this to be highly plausible.
Kunigunde Kreuzerin
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Kunigunde Kreuzerin »

lsayre wrote: Wed Jun 22, 2022 5:00 am
Giuseppe wrote: Wed Jun 22, 2022 12:22 am This is where I stand now:

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I find this to be highly plausible.
I find it rather odd because it's quite obvious that GMatthew is also directly dependent on GMark 14-16. imho this also applies to GJohn. I deliberately say nothing about GLuke and GMarcion.

(Sorry Giuseppe, no offense)
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by Giuseppe »

The arrows mean posteriority, not (or not only direct) dependance.
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Re: Patrick Boistier on why proto-Mark preceded Mcn

Post by rgprice »

I'm not sold on 1-13 preceding 14-16. That implies there is a reason for 1-13 to exist without the crucifixion. I don't think so.

Also, there are consistencies between 1-13 and 14-16. Now, parts of 15 and 16 seem to me to be post-Marcionite additions, but not the crucifixion nor Pilate.

Again I think that Vision of Isaiah records something like the earliest version of the story, about how the Beloved will descend to defeat Satan by tricking the Jews into crucifying him so that he can enter the real of Satan -- the Lord of this World.

proto-Mark appears to be written with knowledge of this story, but uses the letters of Paul and perhaps a narrative about Paul to flesh out a much larger story that presents Paul's Jesus as a proto-Paul.

The Pauline letters and proto-Mark must have ben bundled together at that point. Marcion's Gospel is a revision of proto-Mark and Marcion "officially" bundled the Pauline letters with his Gospel, just as he had found proto-Mark and Paul's letters. But Marcion's version of the Pauline letters included two new letters, Colossians and "Ephesians".

But proto-Mark must have had the crucifixion, its the impetus behind the whole story.

"Luke" then is essentially a copy of Marcion's Gospel, with the birth story tacked on at the beginning and some stuff to tie into Acts tacked on at the end, but Luke 3-23 is 95% identical to Marcion's Gospel.

Now, Canonical Mark may then have been produced after Luke and Matthew, but Canonical Mark is mostly the same as proto-Mark, mainly with changes to Mark 15-16 and a few other revisions throughout (I suspect the naming of his mother as Mary is such a canonical revision, and in proto-Mark his mother was unnamed).
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